Résoudre un problème comportementale : comment s’y prendre ?

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Une des premières démarches à adopter pour essayer de résoudre un problème, pour essayer d’améliorer certains aspects de notre vie, est d’abord de définir un ou plusieurs objectifs. Il est en effet beaucoup plus simple de concentrer tous ses efforts vers un (ou quelques) buts précis, plutôt que de se débattre contre un ensemble flou d’éléments mal définis : c’est beaucoup moins fatiguant, et il y a beaucoup moins de perte d’énergie.

Parfois l’objectif est très simple et coule de source : pouvoir par exemple apprendre à dominer une peur particulière, d’un objet ou d’une situation précise. Ou encore arriver à faire face ou à supprimer certains comportements particuliers qui sont devenus tellement envahissants dans notre vie qu’ils occasionnent une réelle souffrance.

Mais il arrive parfois aussi que l’objectif soit beaucoup moins évident à définir. Dans ce cas, l’une des premières étapes avec le thérapeute sera de déterminer quels sont les attitudes dans votre vie qui posent le plus de problèmes et les aspects qu’il est souhaitable de modifier en priorité. Nous désignerons donc sous le nom de « comportementproblème » une action, une façon d’agir ou d’être qui nous est préjudiciable, et qui se répète, et sur laquelle nous allons travailler.

Par comportement, nous parlons ici à la fois :  de l’action, ce qui se voit de l’extérieur, qui peut être décrit par les autres (comportements proprement dits, ou comportements ouverts), et aussi des autres aspects liés à cette action et qui sont plus personnels, plus intimes : les émotions et les pensées (les pensées sont également appelées cognitions).

Ces trois paramètres : comportement, émotions et pensées, sont tous reliés entre eux, et s’influencent mutuellement comme le montre le schéma suivant : Il existe bien sûr d’autres paramètres, biologiques (qui sont alors la cible du traitement médicamenteux) et environnementaux, dont il faut tenir compte. Dans le cadre de la thérapie, nous nous centrerons essentiellement sur ces trois aspects.

Il s’agit en effet :  d’une part d’étudier le comportement-problème : le définir, le mesurer, voir quand et comment il se produit, puis comment le modifier par l’action sur chacun de ces différents paramètres : comportements, émotions, pensées. Pour les explorer, le plus simple est de se poser la question : « dans cette situation, lorsque je fais telle chose (action), qu’est-ce que je ressens (émotions), et qu’est-ce je suis comportements émotions pensées 9 en train de me dire (pensées) ? ».

On peut alors ensemble (patient et thérapeute) essayer de mieux comprendre : – ce qui fait que le problème existe et persiste actuellement, dans la vie d’aujourd’hui ; – éventuellement en le reliant à des expériences du passé, issues de votre propre histoire ; – et en tenant compte des conséquences, qui vont influencer notre façon d’être et d’agir. Nous pourrions prendre comme exemple simple le cas d’un fumeur angoissé, très désireux d’arrêter : supposons qu’il s’agisse d’une personne qui aurait vu par exemple fumer ses parents toute leur vie et en être malade. Il ne veut pas connaître à son tour cette même dépendance, mais s’est mis lui-même à fumer à la suite d’une succession de problèmes.

Il est important qu’il se rende compte – du rôle du passé (maladie des parents due au tabac, angoisse d’être comme eux), – du rôle à la fois stimulant et apaisant du tabac face aux problèmes (conséquences immédiates très positives : penser que cela va aller mieux après une cigarette, comportement d’en prendre une, apaisement des émotions), – du rôle de la certitude de conséquences tardives nocives (et donc survenue de pensées de maladies, d’émotions anxieuses…).

L’ensemble de ces observations constitue l’analyse fonctionnelle du comportement-problème, qui peut être résumée dans des grilles comme celles fournies ci-après : notez bien que vous pouvez noter plusieurs comportements successifs pour une même situation. [Plusieurs grilles sont possibles pour résumer l’analyse fonctionnelle ; nous vous proposons celle d’après Fontaine & 10 Ylieff (1981), mais bien d’autres sont utilisables ; vous pourrez définir avec votre thérapeute laquelle est la plus opérationnelle dans votre cas] Ainsi, dans notre exemple précédent, pour une même situation angoissante, nous pourrions décrire le comportement de tension en réponse à la situation, avec les pensées et les émotions, puis la prise de la cigarette, puis le comportement après la cigarette, les nouvelles émotions et les nouvelles pensées…

Cette analyse peut être complétée en décrivant également le rôle des conséquences : − immédiates (à la fois soulagement puis culpabilité après la prise de la cigarette) − et à plus long terme (angoisse, irritabilité liée à la peur d’avoir une maladie) ainsi que des antécédents : − antécédents immédiats : le souvenir de la maladie des parents, le désir de ne plus fumer − antécédents plus « historiques » : existence par exemple d’une personnalité un peu anxieuse ayant le sentiment d’avoir besoin d’aller chercher des soutiens dans le tabac, image du tabac valorisée par la famille ou l’entourage… Le but est d’essayer d’arriver à une vue d’ensemble de votre cas, où les problèmes actuels puissent être reliés à votre itinéraire personnel, l’histoire de votre famille, vos expériences précoces…, ou tout autre paramètre vous concernant.

Par la suite, nous allons vous décrire notre « boite à outils », et les techniques qu’elle contient, actives sur chacun des éléments du comportement au sens large (comportements, émotions, pensées). Puis nous vous rappellerons rapidement comment mettre ces techniques en pratique, et nous vous fournirons quelques supports utiles pour la mise en action. Les 11 techniques seront utilisées en fonction des besoins, et toujours en accord avec votre thérapeute.

Mais attention, le changement ne va pas survenir immédiatement : il serait en effet illusoire de penser pouvoir changer d’un coup toute une façon d’être, toute une personnalité. Mais une succession de petites étapes finit par amener très loin, un peu à la manière des caravanes qui traversent le désert : on ne se préoccupe alors que de parvenir au but de l’étape du jour, en marchant très lentement ; la longueur que l’on couvre à chaque pas est dérisoire en comparaison de la distance qui reste à parcourir. Mais à la fin du voyage, un jour après l’autre, l’obstacle est franchi, le désert est traversé. Alors courage…

2019-01-29T18:31:41+00:00